La Côte d’Ivoire franchit une nouvelle étape dans la mise en œuvre de ses programmes avec le Fonds monétaire international. Le conseil d’administration de l’institution a achevé, le 26 juin 2026, les dernières revues des accords économiques et climatiques conclus avec Abidjan.
Cette décision permet le décaissement immédiat de près de 479,2 milliards de FCFA en faveur du pays. Elle confirme également la bonne exécution des engagements pris par les autorités ivoiriennes en matière de finances publiques, de gestion de la dette et de résilience climatique.
Mais derrière ce satisfecit, le FMI attire l’attention sur la détérioration de l’environnement économique international. La croissance ivoirienne devrait ralentir à 6 % en 2026, contre 6,5 % en 2025, tandis que l’inflation et le déficit extérieur repartiraient à la hausse.
Le ralentissement attendu serait notamment lié à l’affaiblissement de la demande extérieure et aux répercussions de la guerre au Moyen-Orient.
Les tensions sur les prix de l’énergie et des produits alimentaires devraient faire remonter l’inflation à 3,3 % en moyenne en 2026. Celle-ci avait été quasiment nulle en 2025.
Le déficit des transactions courantes devrait, pour sa part, atteindre 2,3 % du PIB en 2026, après avoir été proche de l’équilibre l’année précédente.
Malgré ces tensions, les réserves communes de change de l’UEMOA demeurent confortables. Elles représentent plus de huit mois d’importations.
Le déficit budgétaire porté à 3,8 % du PIB
Pour faire face aux conséquences de la conjoncture internationale, les autorités ivoiriennes ont décidé d’assouplir temporairement leur trajectoire budgétaire.
Le déficit public devrait atteindre 3,8 % du PIB en 2026, contre un objectif initial de 3 %.
Cette révision doit permettre de compenser une baisse attendue de certaines recettes, notamment celles provenant des secteurs pétrolier et cacaoyer. Elle vise également à maintenir les investissements publics prioritaires et à protéger les ménages les plus exposés à la hausse des prix.
Le FMI considère cet assouplissement comme approprié au regard du contexte économique. L’institution insiste toutefois sur la nécessité de limiter dans le temps les mesures de soutien et de mieux les cibler.
Le gouvernement ivoirien s’est engagé à ramener le déficit au plafond communautaire de 3 % du PIB d’ici à 2028.
Cette dégradation temporaire intervient après un important effort d’assainissement budgétaire. En 2025, le déficit avait été ramené à 3 % du PIB grâce à une stratégie principalement fondée sur l’augmentation des recettes publiques.
Le ratio de la dette publique rapportée au PIB avait également diminué pour la première fois depuis plus de dix ans.
Cette amélioration a conduit le FMI à reclasser le risque de surendettement de la Côte d’Ivoire. Celui-ci est désormais jugé faible, contre modéré lors de la précédente évaluation.
Près de 479 milliards de FCFA immédiatement disponibles
L’achèvement des revues permet à la Côte d’Ivoire de disposer immédiatement de près de 479,2 milliards de FCFA.
Cette enveloppe comprend environ 192,9 milliards de FCFA au titre du Mécanisme élargi de crédit, 96,4 milliards de FCFA dans le cadre de la Facilité élargie de crédit et 189,9 milliards de FCFA au titre de la Facilité pour la résilience et la durabilité.
Les accords relevant du MEDC et de la FEC avaient été approuvés en mai 2023 pour une enveloppe globale d’environ 2 014 milliards de FCFA.
Ils ont accompagné le redressement des finances publiques, la réduction des déséquilibres extérieurs et le renforcement de la viabilité de la dette ivoirienne.
Selon le FMI, tous les critères quantitatifs fixés à fin décembre 2025 ont été respectés. Tous les repères structurels prévus pour les sixièmes revues ont également été atteints.
La bonne exécution de ces programmes traduit, selon l’institution, la volonté des autorités de préserver la stabilité macroéconomique et de poursuivre les réformes structurelles.
Près de 748 milliards de FCFA consacrés à la résilience climatique
La Facilité pour la résilience et la durabilité, approuvée en mars 2024, représentait pour sa part une enveloppe équivalente à près de 748 milliards de FCFA.
Elle devait permettre à la Côte d’Ivoire de renforcer sa résistance aux chocs climatiques et de réduire les risques susceptibles de peser sur la balance des paiements.
Toutes les mesures de réforme prévues dans le cadre de cette facilité ont été mises en œuvre.
Elles concernent notamment l’assurance contre les risques climatiques dans le secteur agricole, l’adoption d’une stratégie de taxation du carbone et la mise en place de réformes en faveur de véhicules plus propres.
Les autorités ont également achevé le processus d’appel d’offres pour deux centrales électriques solaires photovoltaïques.
Le FMI considère l’achèvement de ces réformes comme un résultat important. Il estime toutefois que les dispositifs adoptés devront être appliqués de manière durable afin de produire pleinement leurs effets.
La fiscalité au cœur de l’après-programme
La conclusion des programmes ne met pas fin aux défis de politique économique. Le FMI invite la Côte d’Ivoire à poursuivre l’élargissement de son assiette fiscale et la modernisation de son administration.
Parmi les priorités figurent le déploiement de la facturation électronique, l’amélioration de la fiscalité des entreprises et le renforcement des règles applicables aux prix de transfert.
L’institution recommande également d’améliorer l’analyse des dépenses fiscales et de développer des outils de contrôle fiscal fondés sur une meilleure exploitation des données.
La gestion de la dette devra rester prudente, malgré l’amélioration de la capacité d’endettement du pays et son accès favorable aux marchés financiers.
À moyen terme, les perspectives restent soutenues par la consommation intérieure, l’investissement des ménages et la montée en puissance des secteurs pétrolier et minier.
Le Plan national de développement 2026-2030 devrait également soutenir l’activité économique et la transformation structurelle du pays.
Le passage vers une croissance plus inclusive dépendra néanmoins de la capacité des autorités à réduire le poids de l’économie informelle, à renforcer la gouvernance et à améliorer le climat des affaires.
Pour le FMI, ces réformes seront indispensables pour renforcer la confiance des investisseurs et permettre à la Côte d’Ivoire d’accéder au statut de pays à revenu intermédiaire de la tranche supérieure.