Avec 6,7 millions de touristes enregistrés en 2025 et l’ambition de faire du secteur l’un des moteurs de son économie, la Côte d’Ivoire cherche désormais à élargir ses bassins de clientèle. Le partenariat conclu avec Emirates doit permettre au pays de mieux accéder aux marchés du Moyen-Orient, d’Asie et d’Australie tout en renforçant la place d’Abidjan dans les flux aériens régionaux.
Après avoir renforcé son offre touristique et hôtelière, la Côte d’Ivoire accélère sur un autre maillon déterminant de la chaîne : l’accès aux marchés internationaux.
Emirates, le ministère ivoirien du Tourisme et des Loisirs et celui des Transports et des Affaires Maritimes ont signé un protocole d’accord tripartite destiné à stimuler les arrivées de voyageurs étrangers et à améliorer la connectivité aérienne du pays.
Le partenariat, conclu en marge de l’Arabian Travel Market 2026, doit notamment permettre à la destination ivoirienne de bénéficier du réseau international d’Emirates pour toucher des marchés encore insuffisamment exploités.
La prochaine bataille se joue sur les marchés émetteurs
La stratégie touristique ivoirienne change progressivement d’échelle.
Selon les chiffres officiels communiqués à l’occasion de l’accord, le pays a accueilli 6,7 millions de touristes en 2025. Les autorités ambitionnent désormais de positionner la Côte d’Ivoire parmi les cinq destinations les plus fréquentées du continent à l’horizon 2030.
Cette montée en puissance suppose toutefois de diversifier les marchés émetteurs.
C’est précisément l’un des intérêts du rapprochement avec Emirates. Depuis son hub de Dubaï, la compagnie dessert plus de 140 destinations et dispose d’une forte implantation sur des marchés comme l’Asie, le Moyen-Orient et l’Australie.
Le partenariat devrait ainsi permettre à la Côte d’Ivoire de compléter ses clientèles traditionnelles en renforçant sa visibilité auprès de voyageurs disposant souvent d’un pouvoir d’achat élevé et d’une forte propension aux déplacements internationaux.
Promotions, voyagistes et voyages de familiarisation
Contrairement à un accord purement aérien, le protocole prévoit également une coopération commerciale autour de la destination.
Les trois partenaires souhaitent développer des campagnes conjointes, élaborer des promotions destinées aux professionnels du voyage et organiser des voyages de familiarisation afin de mieux faire connaître le produit touristique ivoirien.
Nature, biodiversité, littoral, loisirs, culture ou hospitalité : plusieurs segments devraient être mis en avant auprès des tour-opérateurs et des réseaux de distribution internationaux.
La démarche doit permettre de transformer la connectivité disponible en consommation touristique effective.
Car l’enjeu ne se limite pas au nombre de passagers transportés. Chaque arrivée internationale supplémentaire peut générer des dépenses dans l’hébergement, la restauration, les transports, les loisirs, le commerce ou encore les services aux entreprises.
Un objectif de 11 % du PIB
Pour Abidjan, l’enjeu est donc également macroéconomique. Le Plan national de développement 2026-2030 prévoit de renforcer le rôle du tourisme dans la croissance ivoirienne, avec une contribution visée de 11 % du PIB à l’horizon 2030.
Cette ambition prolonge la stratégie « Sublime Côte d’Ivoire », lancée en 2018 pour accroître les investissements, développer de nouvelles destinations et améliorer le positionnement du pays sur le marché touristique africain.
Le partenariat avec Emirates apporte désormais une dimension supplémentaire : celle de la distribution internationale.
Dans un marché touristique devenu fortement concurrentiel en Afrique, la capacité d’une destination à être accessible depuis de grands hubs internationaux constitue un avantage stratégique au même titre que la qualité des infrastructures ou l’offre hôtelière.
Abidjan veut consolider son rôle de hub
La dimension aérienne reste par conséquent centrale.
Emirates dessert Abidjan quotidiennement depuis environ vingt ans via un service combiné avec Accra. La compagnie indique enregistrer vers la capitale économique ivoirienne des flux provenant notamment de Guangzhou, Pékin, Manille, Mumbai, Djeddah et Beyrouth.
Le gouvernement espère s’appuyer sur ces connexions pour renforcer la compétitivité de l’aéroport international Félix Houphouët-Boigny et accroître le rôle d’Abidjan dans les flux de voyageurs en Afrique de l’Ouest.
Le protocole signé avec Emirates traduit ainsi une évolution de la politique touristique ivoirienne : après les infrastructures et la promotion de la destination, la bataille se joue désormais aussi sur la connectivité et la captation des flux internationaux.
Pour les entreprises du tourisme, de l’hôtellerie et du transport, la question centrale sera de savoir dans quelle mesure cette nouvelle coopération permettra effectivement d’accroître le volume de visiteurs internationaux et, surtout, leur dépense sur le marché ivoirien.