Décryptage

L’Afrique et les chaînes de valeur mondiales : saisir les opportunités de la remondialisation

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Alors que le rapport 2024 de l’Organisation mondiale du commerce (OMC) explore l’idée d’une « remondialisation » plus inclusive, l’Afrique, malgré son potentiel, reste à la traîne dans les chaînes de valeur mondiales (CVM). Pourtant, le continent dispose d’atouts pour tirer parti des nouvelles dynamiques économiques, notamment dans les secteurs numériques et verts. Voici un décryptage des défis et opportunités pour l’Afrique à l’aube de cette transformation.

Un continent encore en marge du commerce mondial

Selon le rapport, l’Afrique ne représente que 3 % des exportations mondiales et reste dominée par l’exportation de matières premières brutes, comme le pétrole, le cobalt ou le cacao. Cette spécialisation limite sa capacité à capturer davantage de valeur ajoutée et à diversifier son économie.

  • Participation aux CVM : La part des économies africaines dans les chaînes de valeur mondiales stagne autour de 2,9 %, contre près de 38 % pour les économies asiatiques.
  • Commerce intra-africain : Il ne représente que 16 % des échanges totaux, bien en deçà des niveaux en Asie (60 %) ou en Europe (70 %).

Le coût du commerce intra-africain est environ 50 % plus élevé que la moyenne mondiale, pénalisé par des infrastructures déficientes et des formalités administratives complexes. À cela s’ajoute un accès limité au financement, freinant l’investissement dans les secteurs à haute valeur ajoutée.

Les opportunités de la remondialisation

La montée en puissance des énergies renouvelables, alimentée par la demande mondiale de minéraux critiques (cobalt, lithium), offre au continent un rôle clé dans la transition climatique. Avec 60 % des réserves mondiales de cobalt, l’Afrique peut s’imposer comme un acteur incontournable, à condition de développer ses capacités locales de transformation. Par exemple, raffiner ces ressources sur place pourrait multiplier la valeur ajoutée par 3 à 5 fois.

Le numérique est un autre levier prometteur. Bien que seulement 30 % des Africains aient accès à Internet, des initiatives comme la ZLECA (Zone de libre-échange continentale africaine) et le projet « Commerce numérique en Afrique » cherchent à améliorer la connectivité et à intégrer les PME africaines dans les échanges internationaux.

Des exemples concrets montrent la voie à suivre :

Dans le cacao, augmenter la transformation locale des fèves pourrait doubler les revenus des producteurs.
L’Éthiopie émerge comme un hub textile, attirant des marques internationales grâce à des coûts compétitifs et des accords commerciaux préférentiels.
Le Kenya domine déjà les exportations de fleurs vers l’Europe et pourrait diversifier sa production agricole pour capter de nouveaux marchés.

Les prérequis pour réussir

Pour exploiter ces opportunités, plusieurs obstacles doivent être surmontés :

  • Investir dans les infrastructures physiques et numériques : Réduire les coûts logistiques et améliorer la connectivité.
  • Faciliter l’accès au financement et aux technologies : Cela est essentiel pour stimuler les investissements dans les secteurs à valeur ajoutée.
  • Mettre en œuvre des politiques nationales complémentaires : La formation, l’éducation et des incitations fiscales doivent accompagner les réformes commerciales.

À l’aube de la remondialisation, l’Afrique a une chance unique de transformer ses échanges en moteur de croissance inclusive. En capturant davantage de valeur dans les CVM et en exploitant des secteurs stratégiques comme le numérique et les énergies vertes, le continent pourrait non seulement accélérer sa croissance économique, mais aussi réduire les inégalités régionales. Reste à savoir si la volonté politique et les investissements nécessaires suivront pour concrétiser ces ambitions.

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