Dans la nuit de ce dimanche 20 septembre, un important incendie a détruit une partie du bâtiment principal de l’université Makerere, l’une des plus prestigieuses et des plus anciennes d’Afrique. C’est la police ougandaise qui en a fait l’annonce officielle, tandis que les pompiers ont été mobilisés toute la journée pour maîtriser le feu.
Makerere défigurée
Sur Twitter, l’université a publié des vidéos montrant d’immenses flammes ravageant, en pleine nuit, le côté droit, puis le côté gauche du bâtiment.
Les réactions sont vives dans le pays et dans les pays voisins, à la mesure de l’importance de la catastrophe.
« Nous pensons que le feu a démarré sur le toit, s’étendant ensuite aux étages, qui accueillent les départements des archives et des finances », a déclaré, dimanche, dans un communiqué Luke Oweyesigire, le porte-parole adjoint de la police pour la zone de Kampala. « Beaucoup de biens ont été détruits. L’enquête est en cours pour déterminer la cause de l’incendie », a-t-il ajouté.
« C’est une très sombre matinée pour l’université Makerere. Notre emblématique bâtiment administratif a pris feu et la destruction est invraisemblable », a écrit sur Twitter Barnabas Nawangwe, professeur d’architecture et vice-président de l’université.
« Mais nous sommes déterminés à restaurer le bâtiment dans son état historique le plus rapidement possible », écrit-il également.
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D’une université coloniale à un phare continental
La construction du bâtiment principal, une grande bâtisse blanche aux volets bleus surmontée d’une tour carrée en son centre, s’est achevée en 1941. À l’origine « humble institut technique » établi en 1922, Makerere est progressivement devenu un centre d’excellence de l’éducation en Afrique de l’Est, notamment à l’époque des indépendances.
En 1970, lors d’une cérémonie officielle d’inauguration de l’université, le premier président ougandais, Apollo Milton Obote, avait été rejoint par son homologue tanzanien Julius Nyerere, un ancien élève, mais aussi par le Kenyan Jomo Kenyatta et le Zambien Kenneth Kaunda, raconte le site Internet créé à l’occasion de ses 90 ans, en 2012.
L’université Makerere a également formé de nombreux dirigeants africains post-indépendance, dont le président ougandais Milton Obote et les Tanzaniens Julius Nyerere et Benjamin Mkapa, mais aussi chez les francophones Joseph Kabila, l’ancien chef de l’État congolais.
Ce dimanche, de nombreux Africains pleurent aussi la perte d’archives inestimables alors que, dans les années qui ont immédiatement suivi l’indépendance de l’Ouganda, l’université de Makerere était devenue un point focal pour l’activité littéraire qui était au cœur de la culture nationaliste africaine. De nombreux écrivains éminents, dont Ngugi wa Thiong’o, écrivain et universitaire kényan qui écrit principalement en gikuyu. Il y dirige la revue Penpoint et se fait connaître grâce à sa première pièce L’Ermite noir. Thiong’o devient une figure incontournable de la littérature sous la présidence du président Daniel Toroitich arap Moi, il a très tôt adopté des positions radicales sur la « politique néocoloniale de l’establishment kényan ». Il participe à une conférence controversée sur le sujet au sein de l’université Makerere.
Aujourd’hui, l’établissement accueille 35 000 étudiants et 3 000 postdoctorants. Selon le dernier classement des universités du Times Higher Education (THE), Makerere a été classée cinquième meilleure université d’Afrique et son Collège des sciences de la santé classé deuxième sur le continent. Les classements tiennent compte des publications de recherche, de l’éducation et des performances générales de l’établissement. « Les classements confirment que notre recherche en santé est de premier ordre. Nous battons le monde entier en recherche clinique et nous excellons en ce qui concerne les maladies infectieuses, telles que le sida, Ebola et la tuberculose. Makerere compte 3 des 50 meilleurs chercheurs cliniques. Il s’agit du professeur David Serwadda, du professeur Nelson Sewankambo et du professeur Frederick Wabwire Mangeni », a déclaré le vice-chancelier de l’université de Makerere, le professeur Barnabas Nawangwe.
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