En août 2026, l’inflation dans l’UEMOA s’est établie à seulement 1,3 %, alors que l’environnement international s’est sensiblement renchéri. Pétrole, blé, riz et huiles affichent de fortes hausses sur un an, faisant émerger un risque de transmission aux prix domestiques dans les prochains mois. Dans ce contexte encore maîtrisé, la BCEAO conserve ses taux directeurs inchangés.
L’économie de l’UEMOA aborde la rentrée 2026 avec un paradoxe. Alors que plusieurs matières premières essentielles connaissent une forte appréciation sur les marchés internationaux, la hausse des prix à la consommation demeure modérée dans les huit pays de l’Union.
En août, l’inflation s’est établie à 1,3 % en glissement annuel, contre 1,2 % en juillet. L’inflation sous-jacente, qui exclut notamment les produits frais et l’énergie afin de mieux mesurer la tendance de fond, atteint 1,1 %, en hausse de 0,1 point sur un mois.
Cette stabilité relative contraste avec la forte remontée du coût de plusieurs produits importés.
Le pétrole accélère de 29 %
Le principal signal d’alerte vient du marché pétrolier. La moyenne des cours de référence du Brent et du WTI affiche une hausse de 29 % sur un an en août, après +18,1 % en juillet.
Cette accélération intervient dans un contexte de tensions accrues entre les États-Unis et l’Iran, qui ravivent les inquiétudes concernant la sécurité des approvisionnements et le détroit d’Ormuz, passage stratégique pour le commerce mondial des hydrocarbures.
Pour les économies de l’UEMOA, largement dépendantes des importations d’énergie, la persistance de prix élevés constitue un facteur de risque. Une transmission prolongée aux coûts du transport, de la production et de la logistique pourrait progressivement peser sur les entreprises comme sur les ménages.
Les transports donnent déjà un premier signal : les prix de cette rubrique progressent de 4,7 % en août, contre 3,7 % un mois auparavant.
Blé, huile et riz : la facture alimentaire se renchérit
L’autre point de vigilance concerne les produits alimentaires importés. Leur indice de prix progresse de 13,3 % sur un an, contre 9,2 % en juillet.
Le mouvement est alimenté par trois produits particulièrement importants pour les marchés ouest-africains : le blé, dont le cours augmente de 29,5 %, l’huile (+21,3 %) et le riz (+15,7 %). Seul le lait évolue nettement dans la direction opposée, avec un recul de 21,6 %.
Cette hausse internationale n’est pour l’instant que partiellement visible dans l’inflation régionale. Les produits alimentaires enregistrent une progression de 0,9 % dans l’UEMOA, après 0,8 % en juillet.
La question des prochains mois sera donc celle de la transmission de ce renchérissement international aux prix payés par les consommateurs.
Les matières premières dessinent deux trajectoires opposées
Pour les pays exportateurs de l’Union, le tableau est plus contrasté. Certains produits bénéficient d’une conjoncture internationale particulièrement favorable. L’or gagne 31 % sur un an, porté par son statut de valeur refuge et par les flux d’investissement vers les fonds adossés au métal précieux.
Le coton (+28,7 %) et le caoutchouc (+26,3 %) profitent également d’une forte appréciation.
À l’inverse, trois grandes matières premières agricoles reculent : le cacao perd 21,1 %, le café 9,7 % et la noix de cajou 4,9 %.
Cette divergence redistribue les effets de la conjoncture mondiale entre les économies de l’Union, selon leur spécialisation productive et leur exposition aux différentes filières d’exportation.
La BCEAO conserve ses taux à 3 % et 5 %
Dans cet environnement, la BCEAO n’a pas jugé nécessaire de modifier sa politique monétaire. Le taux minimum de soumission aux appels d’offres d’injection de liquidité reste fixé à 3 %, tandis que le taux du guichet de prêt marginal demeure à 5 %, niveaux en vigueur depuis le 16 mars 2026.
La liquidité bancaire continue parallèlement de progresser. Les refinancements accordés par la Banque centrale atteignent 6.720,5 milliards de FCFA en août, en hausse de 0,5 %.
Sur le marché interbancaire, les échanges augmentent de 20,8 %, avec un volume hebdomadaire moyen de 841,2 milliards de FCFA. Le taux d’intérêt moyen de référence à une semaine recule légèrement, de 3,73 % en juillet à 3,66 % en août.
Pour l’heure, l’UEMOA conserve ainsi une configuration relativement favorable : inflation faible et conditions monétaires stabilisées. Mais derrière cette photographie rassurante se dessine une nouvelle zone de vigilance. Avec un pétrole en hausse de 29 % et un indice des produits alimentaires importés en progression de 13,3 %, le principal risque pourrait désormais venir de l’extérieur.