Selon une étude inédite publiée par StatsAfrica, le marché automobile ivoirien est entré dans une phase de recomposition profonde. Moins tiré par les volumes, le secteur repose désormais sur la productivité, la maîtrise des coûts et les revenus récurrents, dans un environnement devenu plus formel mais plus exigeant.
Un marché en repli mais plus formel
Le marché automobile ivoirien confirme son changement de cycle. En 2024, les importations de véhicules de tourisme se sont établies à 28 320 unités, contre plus de 45 000 au point haut de 2019. Ce repli, désormais structurel, ne traduit pas un effondrement de la demande, mais un ajustement durable dans un contexte de pouvoir d’achat contraint, de pression fiscale et de conditions de financement plus sélectives.
Paradoxalement, cette contraction des volumes s’accompagne d’une formalisation accrue du marché. Les véhicules neufs représentent désormais 74 % des mises à la consommation, portés par les entreprises, les administrations et les opérateurs de mobilité (flottes, VTC). À l’inverse, l’équipement des ménages progresse lentement, limitant toute massification du marché particulier à court terme.
Pression sur les performances financières des concessionnaires
Cette recomposition se reflète directement dans les comptes des concessionnaires. D’après l’étude de StatsAfrica, le chiffre d’affaires consolidé du panel des principaux acteurs recule de 5,7 % en 2024, à 385,4 milliards FCFA, tandis que l’excédent brut d’exploitation chute de 23,2 %. La rentabilité nette demeure positive (14,4 milliards FCFA), mais la dégradation de l’EBE met en évidence un effet de ciseau entre baisse d’activité et rigidité des charges fixes.
L’analyse financière comparative révèle ainsi des écarts croissants de performance selon les modèles économiques. Les acteurs disposant d’une taille critique et de revenus diversifiés — service après-vente, leasing, gestion de flottes — absorbent mieux la baisse des volumes. À l’inverse, les stratégies fortement dépendantes du volume ou du positionnement prix voient leurs marges se contracter plus rapidement.
Une électromobilité encore marginale
Sur le plan de la demande, le marché reste concentré sur les segments d’entrée et de milieu de gamme, avec une domination quasi totale des motorisations essence (96,6 % des volumes). L’ électromobilité progresse rapidement en taux, mais demeure marginale en valeur absolue confirmant un segment encore expérimental à court terme.
Perspectives 2025-2027 : productivité et revenus récurrents
À horizon 2025-2027, le secteur devrait évoluer vers une croissance plus modérée mais plus sélective. Selon StatsAfrica, la création de valeur reposera moins sur l’augmentation des ventes que sur la productivité, la discipline opérationnelle et le développement de revenus récurrents.