La dette extérieure ivoirienne dépasse 24 000 milliards FCFA, portée par la montée rapide des eurobonds. Une évolution qui renforce la dépendance du pays aux marchés financiers et interroge la soutenabilité de son endettement.
Une dette extérieure qui dépasse 24 000 milliards FCFA
La dette extérieure de la Côte d’Ivoire atteint 40,56 milliards USD en 2024, soit environ 24 336 milliards FCFA, selon le International Debt Report de la Banque mondiale. L’encours était de 36,36 milliards USD en 2023 (21 816 milliards FCFA), ce qui représente une hausse d’environ 4 520 milliards FCFA en un an.
Sur le long terme, la progression est encore plus significative : en 2010, la dette extérieure s’élevait à 11,7 milliards USD, soit environ 7 020 milliards FCFA. En quatorze ans, l’encours a plus que triplé, traduisant une stratégie d’investissement massif dans les infrastructures, l’énergie, le transport et l’industrialisation.
Une montée progressive des eurobonds depuis 2014
Le rapport met également en lumière une évolution de fond : la transformation de la structure de la dette extérieure.
Les émissions d’eurobonds étaient quasi inexistantes avant 2014.
Leur montée peut se décomposer en trois phases :
- 2014–2017 : la Côte d’Ivoire retourne sur les marchés internationaux. Les eurobonds passent progressivement d’un usage marginal à un instrument de financement important.
- 2018–2020 : accélération avec des émissions de grande taille ; les eurobonds dépassent pour la première fois 20 % de l’encours.
- 2021–2024 : les eurobonds atteignent 10,6 milliards USD, soit 7 540 milliards FCFA, et représentent 31 % de la dette extérieure, leur niveau le plus élevé.
Aujourd’hui, les eurobonds constituent la première composante individuelle de la dette extérieure ivoirienne, devant tout autre type de créancier public ou privé.
Une structure dominée par les créanciers privés
En 2024, la répartition de la dette ivoirienne montre un basculement net :
- 49 % détenus par des créanciers privés (environ 11 900 milliards FCFA),
- dont 31 % en eurobonds et 18 % en prêts commerciaux.
- 51 % détenus par des créanciers officiels, dont 34 % d’institutions multilatérales.
Pour un public non spécialiste, cela signifie que la moitié de la dette ivoirienne dépend aujourd’hui des marchés financiers mondiaux, dont les conditions varient constamment en fonction des taux internationaux, de la confiance des investisseurs et de l’évolution de la notation du pays.
Une soutenabilité de la dette sous pression
Le International Debt Report fournit plusieurs ratios clés qui permettent d’évaluer la soutenabilité de la dette.En 2024 :
- Le ratio dette/exports atteint 186 %, un niveau élevé pour un pays émergent
- Le ratio service de la dette/exports est de 29 %, au-dessus du seuil de vigilance généralement fixé autour de 25 %
- Le ratio service de la dette/revenus publics atteint 25 %, traduisant une contrainte budgétaire réelle
Ces indicateurs montrent que, malgré une économie dynamique, la marge de manœuvre se resserre. La Côte d’Ivoire parvient à honorer ses engagements, mais elle consacre une part croissante de ses recettes extérieures et publiques au remboursement de la dette.
La soutenabilité reste maîtrisée à ce stade, notamment grâce au poids encore important des bailleurs multilatéraux — dont les prêts sont plus longs et moins coûteux. Mais l’exposition croissante aux marchés financiers rend le pays plus sensible à un choc externe, à une hausse des taux ou à une dégradation de la confiance des investisseurs, comme l’a illustré le cas du Sénégal.
La Côte d’Ivoire conserve des atouts majeurs : croissance soutenue, infrastructures en expansion, attractivité régionale. Mais son modèle de financement public entre dans une phase plus exposée, que les décideurs devront piloter avec précision.
Taux de conversion utilisé : 1 USD = 600 FCFA