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Khaled Drareni, autant journaliste que symbole d’une Algérie qui veut respirer

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Il avait été condamné en première instance, le 10 août dernier, à trois ans de prison ferme : la plus lourde peine infligée à un journaliste en Algérie depuis l’indépendance du pays, en 1962. L’ONG Reporters sans frontières (RSF) a dénoncé mercredi « un réquisitoire infondé et extrémiste » au lendemain du procès en appel de Khaled Drareni, toujours emprisonné et a appelé à « renforcer la mobilisation » pour obtenir sa libération.

Un procès quasiment sans témoin

Lors de l’audience, mardi 8 septembre à Alger, le procureur a requis, comme en première instance, quatre années de prison ferme et une amende de 50 000 dinars (330 euros) contre le directeur du site d’information en ligne Casbah Tribune, également correspondant en Algérie pour la chaîne de télévision francophone TV5 Monde et pour RSF. « Le procès en appel de @khaleddrareni s’est ouvert quasiment sans témoin ! À peine dix journalistes ont pu entrer dans la salle d’audience contre une centaine aux premières audiences », a déploré RSF dans un tweet. L’ONG a ainsi dénoncé « la volonté manifeste des autorités de limiter la couverture médiatique du très symbolique procès en imposant, sans préavis, de nouvelles restrictions d’accès aux journalistes ».

Un procès contre la presse et le hirak

Deux co-inculpés, Samir Benlarbi et Slimane Hamitouche, figures du hirak, étaient aussi présents à l’audience. Le procureur a également requis quatre ans de prison ferme contre eux. Ils avaient écopé chacun de deux ans de prison, dont quatre mois ferme, mais se présentent libres devant le tribunal, après avoir purgé leur peine. « La vacuité du dossier et l’absurdité des accusations sont patentes […]. Il revient aux autorités algériennes d’arrêter cette furieuse fuite en avant dans la répression », a souligné le secrétaire général de RSF, Christophe Deloire, dans un communiqué en appelant « toutes les bonnes volontés à se mobiliser pour faire pencher la balance du côté de la justice véritable ». Le verdict est attendu le 15 septembre.

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« Je suis un journaliste et non un criminel »

Au cours de l’appel, Khaled Drareni, 40 ans, devenu un symbole du combat pour la liberté de la presse en Algérie et soutenu par une forte mobilisation pour sa libération, a rejeté catégoriquement les accusations portées contre lui. « Je suis un journaliste et non un criminel. Le journalisme que je pratique ne menace pas la sécurité du pays mais le protège », s’est-il défendu, à l’issue de l’audience. Incarcéré depuis le 29 mars au centre pénitentiaire de Koléa près d’Alger, Khaled Drareni avait été arrêté à Alger le 7 mars alors qu’il couvrait une manifestation du hirak, le soulèvement populaire qui a secoué l’Algérie pendant plus d’un an jusqu’à sa suspension il y a quelques mois en raison de la pandémie de nouveau coronavirus.

Le journaliste est aussi accusé d’avoir critiqué sur Facebook le système politique. « Depuis le premier jour, je n’ai fait que mon métier de journaliste. Je suis là parce que j’ai couvert le hirak en toute indépendance », s’est-il défendu lors de l’audience, selon un des très rares journalistes autorisés à pénétrer au tribunal. « C’est quelqu’un qui garde le moral. Il n’est pas abattu. C’est quelqu’un qui aime son métier, il est fier, parce qu’il sait qu’il n’a rien à se reprocher », a confié à l’AFP une avocate, Aouicha Bekthià la sortie du tribunal.

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Mobilisation de médias de toutes parts

Depuis sa condamnation, les appels à libérer Khaled Drareni se sont multipliés, au-delà même des frontières de l’Algérie. Lundi 7 septembre, journalistes et militants des droits humains se sont rassemblés à Paris, Alger et Tunis en scandant « Libérez Khaled ! ». Ils dénoncent notamment le traitement que subit le journaliste : « Il s’agit de la peine de prison la plus lourde prononcée depuis l’Indépendance contre un journaliste pour son travail », ont affirmé les signataires de la pétition en ligne appelant à sa libération. Son procès en appel s’est déroulé dans un climat délétère de répression à l’encontre des médias indépendants, des militants du hirak et des opposants politiques. Quelque 45 personnes sont emprisonnées pour des faits liés au hirak, selon le Comité national de libération des détenus. Des journalistes ont été accusés par le régime de semer la « subversion » et d’être à la solde de « parties étrangères ». Plusieurs sont en prison.

Drareni, symbole de la volonté d’étouffer la liberté d’expression

En mai, le président Abdelmadjid Tebboune lui-même avait laissé entendre, sans le citer nommément, que Khaled Drareni était un « informateur pour le compte des ambassades étrangères ». Allégation invoquée également selon des avocats par le ministre de la Communication, Ammar Belhimer, qui reproche au correspondant de TV5 Monde d’avoir travaillé sans jamais avoir eu de carte de presse professionnelle. « Le pouvoir algérien a voulu faire un exemple pour intimider tous les journalistes en Algérie » mais « il en a fait un symbole de défense de la liberté de la presse », a ajouté Christophe Deloire. Même son de cloche du côté de l’écrivain Yasmina Khadra. Invité sur le plateau de l’émission Maghreb Orient Express, il a déclaré qu’il faut se battre pour la liberté d’expression, et non pas pour une seule personne, Khaled Drareni est une victime d’un système, qui n’a pas encore compris que ce n’est pas l’autisme qui permet à une nation de s’émanciper ». Preuve que ce dossier est loin de concerner la seule Algérie, l’ONU, l’Union européenne et l’Union africaine ont aussi exprimé leur « préoccupation » au sujet de l’affaire Drareni.

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Source : African Media Agency (AMA)

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