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Avec son Annexe fiscale 2026, l’État ivoirien assume un resserrement progressif mais structurant de la pression fiscale sur les entreprises formelles. Une inflexion stratégique qui suscite des inquiétudes au sein du patronat, partagé entre compréhension des enjeux budgétaires et craintes pour la compétitivité des entreprises.
Dans un contexte de croissance soutenue, attendue autour de 6,7 %, l’État estime désormais que le tissu économique formel a atteint un niveau de maturité suffisant pour contribuer davantage à l’effort collectif.
L’objectif est double : sécuriser durablement les recettes publiques et rapprocher la pression fiscale nationale des standards communautaires. Cette inflexion se traduit par une série de mesures ciblées, touchant aussi bien le numérique que certains secteurs de consommation, l’immobilier ou encore les obligations déclaratives des entreprises.
Ce repositionnement n’est pas sans provoquer des réactions du côté du secteur privé. Début janvier, la Confédération générale des entreprises de Côte d’Ivoire (CGECI) a exprimé ses préoccupations face à ce qu’elle considère comme une accumulation de contraintes fiscales pesant sur les entreprises formelles.
Selon son directeur exécutif, Stéphane Aka-Anghui, si le patronat comprend l’ambition de mobilisation accrue des ressources publiques, il estime que l’effort demandé devient progressivement excessif, avec un impact potentiel sur la compétitivité, l’investissement et l’emploi. La pression fiscale et foncière croissante, les difficultés persistantes de remboursement des crédits de TVA, ainsi que la multiplication et parfois la superposition des contrôles fiscaux, douaniers et sociaux figurent parmi les principaux griefs.
Au-delà du contenu des mesures, la question du dialogue avec l’administration fiscale est également au cœur des critiques. Le secteur privé déplore être encore trop souvent mis devant le fait accompli, y compris sur des réformes majeures, sans concertation suffisante en amont.
Parmi les mesures les plus structurantes figure l’instauration d’un impôt sur les bénéfices des plateformes numériques étrangères opérant sans présence physique en Côte d’Ivoire. En adoptant le principe de la « présence économique significative », l’État affirme sa volonté de taxer la valeur créée sur son marché, indépendamment de l’implantation juridique des acteurs concernés.
Pour les dirigeants de groupes régionaux ou internationaux, cette disposition crée un précédent important. Elle impose une relecture des schémas d’implantation, de facturation et de gouvernance fiscale en Afrique de l’Ouest, dans un contexte où le risque fiscal devient de plus en plus un risque stratégique.
L’ Annexe fiscale 2026 acte également une contribution renforcée de certains secteurs jugés matures ou porteurs. La hausse de la fiscalité sur le tabac importé hors union douanière répond à une logique budgétaire autant que sanitaire. Dans le tourisme et l’événementiel, l’élargissement et le relèvement de la taxe de développement touristique traduisent la volonté de l’État de capter davantage de valeur dans un secteur en plein essor, soutenu par la stratégie « Sublime Côte d’Ivoire ».
Ces arbitrages interrogent directement les modèles économiques des entreprises concernées, appelées à absorber ou à répercuter une pression fiscale accrue.
Après les fortes contestations suscitées par les réformes foncières de 2024 et 2025, l’État introduit des mécanismes de plafonnement et de clarification visant à améliorer l’acceptabilité du dispositif. Sans renoncer à l’objectif de rendement, le gouvernement cherche à stabiliser le cadre fiscal afin de préserver l’attractivité du secteur immobilier.
Pris dans leur ensemble, les choix opérés dans l’Annexe fiscale 2026 dessinent une nouvelle phase de la relation entre l’État et le secteur privé. En cherchant à mieux capter la valeur créée par une économie jugée plus mature, les autorités prennent le risque d’accentuer la fracture avec un patronat qui alerte sur les limites de soutenabilité de l’effort demandé.
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