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VTC et livraison : Abidjan veut reprendre la main sur un marché en pleine expansion

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Le gouvernement ivoirien prépare une nouvelle architecture réglementaire pour les plateformes de VTC et les professionnels de la livraison. Au-delà de l’assainissement annoncé, les mesures pourraient accélérer la structuration et la concentration de deux marchés portés par les usages numériques.

En Côte d’Ivoire, les autorités veulent reprendre la main sur le développement rapide des véhicules de transport avec chauffeur et de la livraison de petits colis, deux activités qui se sont largement diffusées avec l’essor des plateformes numériques.

Le ministère des Transports et des Affaires maritimes a réuni les professionnels le 13 août à Abidjan afin de présenter plusieurs pistes de réforme. Le constat formulé par la Direction générale des Transports terrestres et de la Circulation (DGTTC) est sans ambiguïté : le développement des VTC s’est accompagné d’un déficit de structuration et, surtout, d’un manque de données suffisamment fiables pour piloter le secteur.

La réponse des pouvoirs publics s’articule autour de trois priorités : identifier les opérateurs, encadrer les conditions d’exercice et mieux protéger les consommateurs.

Un ticket d’entrée réglementaire plus élevé

Le ministère prévoit d’abord d’instaurer une autorisation pilote pour les entreprises de VTC, préalable à une régularisation plus complète de leur activité.

Le dispositif devrait renforcer les exigences imposées aux plateformes. Deux agréments sont notamment évoqués : celui de l’ARTCI concernant les données personnelles et celui du ministère des Transports pour l’exercice de l’activité.

En pratique, ce durcissement du cadre pourrait favoriser les entreprises capables d’absorber les coûts administratifs, technologiques et organisationnels liés à la conformité réglementaire. À l’inverse, les acteurs opérant dans des conditions plus informelles pourraient être poussés à se régulariser, à se rapprocher d’opérateurs établis ou à quitter le marché.

La réforme pourrait ainsi constituer une première étape vers une consolidation d’un secteur jusqu’ici caractérisé par une forte multiplication des offres.

Un comparateur pour mettre les plateformes en concurrence

Autre annonce susceptible de modifier les équilibres : la création prochaine d’un comparateur de tarifs pour les courses VTC.

L’usager pourrait consulter plusieurs offres et arbitrer selon le prix, le délai ou le niveau de service avant de commander. Pour les plateformes, cette transparence accrue pourrait intensifier la concurrence et rendre plus immédiate la comparaison entre opérateurs.

Le gouvernement envisage également de plafonner les tarifs afin d’éviter les envolées de prix.

Cette décision touche directement l’un des principaux mécanismes économiques du VTC : la tarification dynamique. Les plateformes ajustent généralement leurs prix en fonction du niveau de demande et de la disponibilité des chauffeurs. Un plafonnement réduit cette marge de manœuvre et pourrait contraindre les opérateurs à revoir leurs mécanismes d’incitation des conducteurs lors des heures de pointe.

Derrière la protection du consommateur se dessine donc un enjeu plus large : déterminer jusqu’où le régulateur peut intervenir dans la formation des prix sans fragiliser l’équilibre économique des plateformes et de leurs chauffeurs partenaires.

La Poste s’invite dans la structuration du dernier kilomètre

La livraison de petits colis, notamment ceux compris entre 0 et 32 kg, constitue le deuxième volet du chantier.

La Poste de Côte d’Ivoire, qui dispose en principe de la charge de cette activité, a choisi de s’appuyer sur les livreurs professionnels et a engagé leur identification sur sa plateforme.

La démarche pourrait contribuer à structurer un marché du « dernier kilomètre » qui s’est développé rapidement autour du commerce électronique, de la vente via les réseaux sociaux, des restaurants et des services de proximité.

Pour les livreurs, l’intégration dans un système plus formalisé peut ouvrir l’accès à un marché plus organisé, mais elle implique également davantage de traçabilité et de conformité. Pour La Poste, l’enjeu est de trouver sa place dans une chaîne de valeur où une grande partie des nouveaux usages s’est développée en dehors des circuits postaux traditionnels.

De la course aux volumes à la bataille de la conformité

Les prochaines étapes de la réforme seront déterminantes pour les entreprises concernées. Les modalités précises du plafonnement tarifaire, les conditions d’obtention des autorisations ou encore l’articulation entre La Poste et les professionnels de la livraison devront encore être précisées.

Mais l’orientation générale est déjà claire : l’État ivoirien veut faire évoluer les VTC et la livraison vers des marchés plus formalisés et plus facilement contrôlables.

Pour les plateformes, le changement est significatif. Après une première phase dominée par la conquête des utilisateurs, le recrutement des chauffeurs et l’extension des réseaux, la compétitivité se jouera de plus en plus sur la capacité à absorber les exigences réglementaires.

Cette nouvelle donne pourrait finalement profiter aux acteurs disposant des systèmes d’information, des capacités financières et des procédures internes nécessaires pour se mettre rapidement en conformité. Dans les VTC comme dans la livraison, la réglementation s’apprête ainsi à devenir un facteur de sélection concurrentielle à part entière.

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