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Téléphonie mobile en Côte d’Ivoire : la data monte, mais la voix reste un pilier de rentabilité

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Au premier trimestre 2025, le trafic voix mobile a connu une hausse à deux chiffres, confirmant sa résilience dans un marché pourtant tourné vers la data. Si Orange capitalise sur cette dynamique, MTN semble accuser un retard stratégique dans sa transition numérique.

Selon le rapport trimestriel publié par l’Autorité de régulation des télécommunications (ARTCI), le chiffre d’affaires global des services mobiles atteint 250,3 milliards FCFA au T1 2025, en hausse de +2,5 % par rapport à la même période en 2024. La croissance est principalement tirée par les usages data, mais le trafic voix, souvent relégué au second plan, surprend par sa résilience.

La voix, toujours bien ancrée

Le volume total du trafic voix mobile a bondi à 16,7 milliards de minutes, soit +15,6 % sur un an. Orange domine avec 9,6 milliards de minutes, soit +17,2 % de croissance. MTN suit avec 3,3 milliards (+11,2 %), tandis que Moov Africa ferme la marche avec 3,8 milliards (+4,4 %).

En parallèle, les revenus issus des appels vocaux s’élèvent à 102,2 milliards FCFA, soit plus de 40 % du chiffre d’affaires mobile, confirmant que la voix reste un levier de rentabilité, notamment dans les segments grand public hors zones ultra-connectées.

Malgré la bonne tenue des usages voix, tous les opérateurs ne profitent pas de la même dynamique financière. MTN enregistre un recul marqué de son chiffre d’affaires global mobile, en baisse de -7,2 %, à 70,1 milliards FCFA, contre 75,5 milliards un an plus tôt. Une contraction qui interroge, alors même que le trafic voix et SMS a progressé sur la période.

L’essor de la data, mais à vitesses variables

Alors que la voix continue de générer des revenus solides, c’est bien la data mobile qui structure l’avenir du secteur. Au premier trimestre 2025, les revenus liés à l’internet mobile atteignent 125,5 milliards FCFA, soit une progression de +9,2 % en un an. Le segment capte désormais la moitié du chiffre d’affaires mobile en Côte d’Ivoire, confirmant sa place de levier de transformation du marché.

Dans ce mouvement de fond, Orange Côte d’Ivoire creuse l’écart. L’opérateur enregistre 68,5 milliards FCFA de chiffre d’affaires sur la data, en hausse de +12,1 %, tout en affichant une forte progression du trafic internet (+39,4 %). Il représente à lui seul plus de 54 % du marché de l’internet mobile, une domination qui s’explique autant par sa couverture 4G que par sa capacité à monétiser efficacement les usages.

Moov Africa se distingue également par une croissance soutenue : +9,9 % de revenus, accompagnée d’une explosion du trafic (+28,5 %). Cette performance s’appuie sur une stratégie tarifaire plus accessible, qui séduit notamment les jeunes urbains et les primo-accédants à la data.

À contre-courant, MTN Côte d’Ivoire signe une performance en retrait, avec seulement +2,4 % de croissance de ses revenus data, malgré une base d’abonnés solide. Pire, l’opérateur est le seul pour lequel les revenus voix (30,7 milliards FCFA) dépassent ceux de la data (28,4 milliards). Une situation symptomatique d’un retard stratégique dans la transition numérique. Le volume de trafic internet mobile n’y progresse que de +4 %, très loin des niveaux atteints par ses concurrents. Plusieurs facteurs peuvent expliquer ce décalage : une couverture 4G moins dense, une offre commerciale moins lisible, ou une difficulté à faire évoluer les usages de sa clientèle.

Investissements en retrait, marché segmenté

Les investissements mobiles ont reculé de 6,4 %, passant de 53,8 à 50,3 milliards FCFA. Seul MTN augmente ses dépenses (+23,6 %), tandis que Moov les divise par trois. Orange reste constant.

En matière de couverture, la 4G atteint 86,45 % de la population, mais seulement 62,95 % du territoire — illustrant la persistance d’une fracture numérique géographique.

Perspectives

Dans un marché de 60,5 millions d’abonnés mobiles, dont plus de 35 millions connectés à l’internet mobile, les marges de croissance existent encore. Mais elles dépendront de la capacité des opérateurs à convertir leurs abonnés à la data, à renforcer la qualité de service, et à diversifier les usages.

La voix reste pour l’instant une rente sûre, mais fragile. Et ceux qui n’auront pas préparé l’après-voix pourraient en faire les frais plus tôt qu’ils ne le pensent.

Lynn-karelle
Expert Etude Sectorielle
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