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Un mois après le lancement de Sotra Mobile, censé moderniser l’accès aux bus à Abidjan grâce au paiement par téléphone, les retours des usagers mettent en lumière un décalage persistant entre l’ambition numérique affichée et les contraintes opérationnelles d’un réseau de transport public encore largement analogique.
La Société des Transports Abidjanais (SOTRA) a lancé en décembre 2025 l’application Sotra Mobile, une solution numérique destinée à faciliter l’accès aux bus urbains à Abidjan.
L’application permet aux usagers de créer une carte de transport virtuelle, de recharger une carte existante (Liberté ou Abonnement) et d’effectuer le paiement des trajets directement depuis leur téléphone mobile. Le smartphone peut ainsi être utilisé comme titre de transport, via la présentation d’un code QR ou l’utilisation de la technologie NFC lors de la validation à bord. Sotra Mobile intègre des options de rechargement et de paiement électroniques, notamment via les services de mobile money, avec pour objectif de limiter l’usage du numéraire et de fluidifier l’accès au réseau de bus.
Sur le papier, le paiement par téléphone et la carte virtuelle positionnent la SOTRA dans la dynamique des grandes métropoles africaines. Dans les faits, l’écart reste important entre l’outil digital et l’environnement physique du réseau.
Arrêts de bus peu aménagés, absence d’affichage en temps réel, informations horaires rarement communiquées : l’expérience usager demeure largement analogue. Or, dans les transports urbains, la technologie ne produit de valeur que si elle s’inscrit dans une chaîne cohérente, de l’information à l’acte de paiement.
Autre limite structurelle : le profil des usagers. La SOTRA transporte quotidiennement une population majoritairement issue du mass market, dont une part significative ne dispose pas de smartphone ou n’utilise pas les applications de paiement de manière régulière.
Dans ce contexte, Sotra Mobile s’adresse d’abord à une frange spécifique : actifs urbains, étudiants, cadres et jeunes connectés. Un segment réel, mais minoritaire au regard de la base clients globale. Le risque est donc celui d’une innovation perçue comme marginale, voire déconnectée des usages dominants.
Autre point saillant : le manque d’information. Les questions se multiplient sur la validité des cartes existantes, l’usage hors d’Abidjan, la récupération d’une carte perdue ou encore l’assistance en cas de dysfonctionnement.
Sur le terrain, certains agents apparaissent peu formés pour accompagner les usagers, transformant l’innovation en source de friction supplémentaire. Dans un service public de masse, l’absence de pédagogie peut rapidement neutraliser les bénéfices d’une solution numérique.
Au-delà du paiement, la critique la plus structurante porte sur l’absence d’informations fiables : horaires, fréquences, suivi des bus en temps réel. Pour beaucoup, l’urgence n’est pas de payer autrement, mais de savoir quand et comment le bus arrive.
Cette hiérarchie des attentes interroge la stratégie de modernisation de la SOTRA, encore très centrée sur l’outil plutôt que sur l’expérience globale.
Le lancement de SOTRA Mobile révèle surtout une modernisation fragmentée. L’outil existe, mais il n’est pas encore adossé à une refonte globale de l’expérience de transport : signalétique, information voyageurs, intermodalité, relation client.
Pour un opérateur public, l’enjeu n’est pas seulement d’adopter le numérique, mais de le rendre inclusif. Cela suppose de maintenir des solutions accessibles aux usagers non connectés, tout en évitant une fracture d’usage au sein même du service public.
Un mois après son lancement, Sotra Mobile apparaît davantage comme un signal stratégique que comme une rupture opérationnelle. Il traduit une volonté d’évolution, mais aussi les contraintes structurelles d’un réseau conçu pour le volume plus que pour l’expérience.
La véritable transformation du transport urbain à Abidjan passera moins par une application isolée que par une modernisation progressive, visible et tangible, du service dans son ensemble.
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