À six mois de l’élection présidentielle, le gouvernement ivoirien relève de 22 % le prix garanti aux producteurs de cacao, le portant à un niveau inédit de 2 200 FCFA/kg. Une mesure à la fois économique et sociale, dans un contexte de flambée des cours internationaux et de pression politique intérieure.
La Côte d’Ivoire a annoncé ce 2 avril 2025 une hausse spectaculaire du prix bord champ du cacao, désormais fixé à 2 200 FCFA/kg pour la campagne intermédiaire 2024-2025. Ce niveau, le plus élevé jamais accordé aux planteurs ivoiriens, représente une hausse de 22,2 % par rapport aux 1 800 FCFA/kg de la campagne principale. La décision a été officialisée lors d’une cérémonie à la Caistab, au Plateau, en présence de plusieurs ministres.
Premier producteur mondial de fèves de cacao, la Côte d’Ivoire cherche à répondre à un double impératif : rétribuer plus équitablement les producteurs, dans un contexte de marché haussier, et préserver la stabilité sociale à l’approche d’une échéance électorale cruciale.
Une hausse alignée sur l’envolée des cours à Londres
La décision intervient alors que les prix internationaux du cacao atteignent des sommets historiques. Sur le marché à terme de Londres, la tonne de cacao s’échangeait le 2 avril à 6 776 GBP, en progression de +7,5 % en une journée, et de plus de 30 % depuis janvier. Cette flambée s’explique par des récoltes déficitaires en Afrique de l’Ouest, frappée par des épisodes climatiques extrêmes, et par la spéculation accrue sur les marchés.
Malgré cette hausse, l’écart entre prix local et cours mondial reste conséquent. Converti au taux de change moyen (1 GBP ≈ 750 FCFA), le prix ivoirien équivaut à environ 2 930 GBP/tonne, soit moins de la moitié des prix à Londres. Un différentiel structurel, lié aux chaînes de valeur, mais qui alimente les revendications d’un meilleur partage de la rente cacaoyère.
Un niveau jamais atteint dans l’histoire récente
La barre symbolique des 2 000 FCFA/kg n’avait jamais été franchie jusqu’à présent, même au plus fort des périodes fastes. Ces dix dernières années, le prix bord champ oscillait généralement entre 800 et 1 200 FCFA/kg, avec quelques pics à 1 500 FCFA. La hausse actuelle constitue donc une rupture, rendue possible par le contexte mondial mais aussi par une volonté politique affirmée.
Un signal politique à quelques mois du scrutin
À six mois de l’élection présidentielle d’octobre 2025, l’amélioration des revenus agricoles apparaît comme un levier de mobilisation électorale dans les zones rurales, bastions décisifs pour tout candidat.
Le gouvernement a également annoncé un financement complémentaire de 952 millions de FCFA versé à la CNAM, afin de couvrir les frais de santé de 700 000 producteurs de café-cacao déjà affiliés à la Couverture maladie universelle (CMU). Ce double geste – économique et social – traduit une stratégie d’apaisement et de fidélisation de l’électorat agricole, dans un contexte marqué par des tensions sur le pouvoir d’achat et la sécurité foncière.