Déjà positionné comme le second acteur du contrôle technique en Côte d’Ivoire, le groupe Mayelia Participations vient d’annoncer le rachat de la SICTA, opérateur historique du secteur détenu jusqu’ici par le groupe suisse SGS. Une opération de consolidation qui rebat les cartes et fait émerger un champion ivoirien sur un marché stratégique en pleine expansion.
Le paysage du contrôle technique automobile en Côte d’Ivoire connaît un tournant. Le 2 avril 2025, le groupe Mayelia Participations a annoncé le rachat de 100 % du capital de la Société Ivoirienne de Contrôle Technique Automobile (SICTA), jusqu’ici détenue à 95 % par le groupe suisse SGS, leader mondial de l’inspection et de la certification, et à 5 % par M. Georges N’Dia.
Mayelia n’est pas un nouvel entrant. Déjà positionné comme le second acteur du secteur, le groupe renforce son implantation avec cette opération qui lui permet de devenir leader national dans un domaine stratégique. « Ce rachat consolide notre ambition de bâtir un acteur africain intégré du service technique automobile », a déclaré David Fofana, président de Mayelia, lors de la signature à Genève.
Un marché en forte croissance
Le contrôle technique constitue un marché réglementé à revenus récurrents. En Côte d’Ivoire, le parc automobile est estimé entre 1,3 et 1,5 million de véhicules selon les données de la Direction Générale des Transports Terrestres (DGTTC), avec une croissance annuelle d’environ 8 à 10 %, tirée par l’urbanisation et l’augmentation des importations de véhicules d’occasion.
Selon les estimations croisées de la Banque mondiale (WDI), du Ministère des Transports et de plusieurs sources privées du secteur, environ 150 000 à 200 000 nouveaux véhicules sont immatriculés chaque année.
La SICTA, forte de près de 40 ans d’activité, couvrait historiquement la majorité des contrôles techniques sur Abidjan et les grands axes urbains, tandis que Mayelia s’était implanté plus récemment sur des zones secondaires. Cette fusion permet de couvrir presque l’ensemble du territoire, avec un effet d’échelle certain.
Une opération 100 % africaine, portée par des financements locaux
Autre dimension notable : la relocalisation du capital. Le retrait de SGS illustre un recentrage stratégique de la multinationale suisse et surtout, l’émergence d’un capitalisme africain structuré. Le rachat a été financé avec l’appui d’un pool bancaire régional : BOAD, BNI, Ecobank, Bridge Bank, accompagnés par les cabinets Ernst & Young, FIDEX Conseil et ASAFO & Co. Un signal fort en matière de souveraineté économique, salué par plusieurs analystes.
Cap sur l’innovation et les services à la mobilité
Mayelia affiche clairement ses ambitions au-delà du contrôle technique. Le groupe prévoit de moderniser les stations, digitaliser les inspections, et développer une offre élargie de services autour du véhicule : interfaçage avec les assureurs, suivi de maintenance connecté, voire location longue durée pour les flottes professionnelles.
Le modèle vise à faire du contrôle technique un point d’entrée dans un écosystème intégré de mobilité, un segment encore peu exploité en Afrique de l’Ouest. À terme, Mayelia envisage également de dupliquer ce modèle dans plusieurs pays de la CEDEAO, en capitalisant sur l’expertise acquise auprès de la SICTA.