Connect with us

Economie

Sénégal : en 2024, la croissance du secteur moderne se heurte à l’érosion des performances financières

Avatar

Publié

le

pexels-rdne-7821736

En 2024, les entreprises du secteur moderne au Sénégal affichent une progression significative de leur activité. Toutefois, derrière la hausse de la production et du chiffre d’affaires, plusieurs indicateurs financiers clés signalent une dégradation de la rentabilité, de la solvabilité et des équilibres de long terme, posant de nouveaux défis en matière de pilotage de la performance.

Une activité en hausse portée par la production et le chiffre d’affaires

Le secteur moderne sénégalais affiche en 2024 une dynamique d’activité globalement favorable. La production globale des entreprises est évaluée à 15 404,3 milliards FCFA, contre 14 579,8 milliards FCFA en 2023, soit une progression de 5,7 %.

Dans le même temps, le chiffre d’affaires s’établit à 21 927,4 milliards FCFA, en hausse de 4,9 % sur un an. Ces performances traduisent une intensification de l’activité économique formelle, soutenue par une demande relativement robuste.

Une création de valeur en recul malgré la croissance des volumes

Cette progression de l’activité ne se traduit cependant pas par une amélioration de la création de richesse. En 2024, la valeur ajoutée du secteur moderne recule de 5,2 %, pour s’établir à 3 803,8 milliards FCFA.

Pour les dirigeants, ce décrochage constitue un signal fort : la croissance repose davantage sur les volumes que sur la performance économique intrinsèque. Cette évolution suggère une compression des marges, dans un contexte marqué par la hausse des coûts de production et des charges d’exploitation.

Résultats et trésorerie : une stabilité trompeuse

Les résultats financiers demeurent globalement stables. Le résultat net agrégé des entreprises du secteur moderne atteint 119,8 milliards FCFA en 2024, contre 118,3 milliards FCFA en 2023.

Parallèlement, l’excédent de trésorerie progresse légèrement de 1,4 %, pour s’établir à 1 539,9 milliards FCFA. Cette amélioration modérée masque toutefois des déséquilibres croissants dans la gestion du cycle d’exploitation.

Délais de paiement : des tensions croissantes sur le cycle d’exploitation

Les délais de paiement des fournisseurs, évalués à 151 jours en 2024, dépassent ceux de règlement des clients de 68 jours. En un an, ces délais se sont allongés de 20 jours, contre seulement 5 jours pour les délais clients.

Cette situation traduit un recours accru au crédit fournisseur comme variable d’ajustement de trésorerie, au risque de fragiliser les relations interentreprises et l’ensemble de la chaîne de valeur.

Une rentabilité et une productivité en repli

Les indicateurs de rentabilité confirment cette inflexion. La rentabilité globale des facteurs passe de 23,2 % en 2023 à 19,9 % en 2024, soit une baisse de 3,3 points.

Les rentabilités économique et financière reculent également. Elles s’établissent respectivement à 4,7 % et 2,5 % en 2024, contre 5,2 % et 2,2 % un an plus tôt. La productivité du travail demeure stable, tandis que celle du capital diminue de 0,2 point, révélant une moindre efficacité des investissements.

Structure financière : une dégradation des équilibres de long terme

Les ratios financiers traduisent une fragilisation progressive des bilans. La capacité de remboursement des dettes s’établit à 13,4 %, en recul de 1,2 point. L’autonomie financière chute de 9,4 points, pour atteindre 35,7 %.

Le ratio de fonds de roulement recule à 85,9 %, tandis que le ratio de solvabilité fléchit à 11,7 %. Ces évolutions renforcent la vulnérabilité des entreprises face aux chocs économiques et financiers.

Lynn-karelle
Expert Etude Sectorielle
ChatBot