Au Mali, l’imam Mahmoud Dicko est-il en passe de réussir son pari de voir le président Ibrahim Boubacar Keïta quitter le pouvoir avant son terme ? Une chose est sûre, c’est lui qui organise désormais l’opposition au chef de l’État et il compte bien le faire savoir. Alors qu’une deuxième manifestation a lieu ce vendredi 19 juin, à son appel, une mission de la Commission économique des États de l’Afrique de l’Ouest (Cedeao) de haut rang a entrepris depuis la veille une tentative de médiation. Cette mission a rencontré le Premier ministre Boubou Cissé et puis s’est entretenu avec les principaux acteurs de la crise : le président lui-même et le chef de file de la contestation, l’imam Mahmoud Dicko. Car malgré la main tendue du chef de l’État, qui a notamment proposé de former un gouvernement d’union nationale dimanche dans une allocution à la nation, puis mardi au centre des congrès, les contestataires n’entendent pas baisser la garde.
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Escalade des tensions
« Il y a en ce moment un défi politique, social au Mali. Donc, en tant que président de la Cedeao, le président (du Niger Mahamadou Issoufou, NDLR) nous a chargés de nous y rendre pour essayer de faire de la médiation », avait expliqué auparavant sur la radio d’État du Niger le ministre des Affaires étrangères du Nigeria, Geoffrey Onyeama, après un entretien avec le chef de l’État nigérien. Il s’agit d’éviter une propagation de la crise malienne à la sous-région, avait-il ajouté.
La délégation comprend aussi les ministres des Affaires étrangères nigérien et ivoirien Kalla Ankourao et Ally Coulibaly, ainsi que le président de la Commission de la Cedeao, Jean-Claude Kassi Brou, selon une source officielle.
Cette démarche s’inscrit dans les efforts menés de toutes parts pour résoudre une situation qui suscite l’inquiétude tant le Mali, confronté à des défis sécuritaires, économiques et sociaux considérables, peut mal se permettre une escalade politique à l’issue incertaine.
« Nous n’avons encore rien tiré comme conclusion. Nous sommes en train d’écouter toutes les parties et nous prenons le temps qu’il faut pour comprendre les problèmes qui ont contribué à la crispation de la situation », a confié à la presse le chef de la diplomatie nigérienne.
« Nous allons ensuite procéder à un débriefing pour tirer les enseignements et revenir vers les parties avec des propositions qui vont tenir compte des recommandations du président de la République du Mali comme des suggestions des uns et des autres », a-t-il ajouté.
Le diplomate nigérien s’est déclaré optimiste pour une issue heureuse de la médiation de la Cedeao, en disant qu’« à chaque fois que les gens acceptent de s’asseoir pour se parler, il y a toujours espoir de trouver des solutions ».
Malgré cette médiation ouest-africaine, le grand rassemblement prévu en début d’après-midi de ce vendredi est maintenu. Mais selon le chef de la délégation de la Cedeao, « nous avons obtenu des organisateurs l’assurance que le rassemblement se déroule conformément aux dispositifs législatifs et réglementaires en vigueur au Mali, c’est-à-dire bien encadré pour éviter tout débordement ». Tous les protagonistes et les médiateurs de crise sociopolitique souhaitent à l’unanimité aller vite, et « même très vite », pour parvenir à une décrispation de la situation politique actuelle dans le pays.
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La rue maintient la pression
Des dizaines de milliers de Maliens sont descendus dans la rue le 5 juin à l’appel du Mouvement du 5 juin, c’est-à-dire le Front des partis de l’opposition pour dire leur ras-le-bol devant les violences djihadistes et intercommunutaires, le marasme économique et ce qu’ils dénoncent comme l’impéritie et la corruption du pouvoir. Ils ont réclamé la démission du chef de l’État.
Daouda Koné, technicien en aménagement du territoire, a répondu à l’appel de l’imam Dicko. « La marche, c’est une très bonne chose ! Vu la situation, il faut booster les choses. Ce n’est peut-être pas le moment adéquat, mais on a été trop patients. On a choisi IBK (élu en 2013, réélu en 2018). Mais ça ne marche pas, pas du tout ! Dieu merci, il y a maintenant quelqu’un qui, au moins, quand il parle est écouté (l’imam Mahmoud Dicko, leader de fait de la contestation) », a-t-il expliqué à nos confrères de l’AFP, ce vendredi. « Avec cette marche, il (le président) a été contraint de parler. Il faut ces marches pour forcer le vieux à poser des actes concrets. Même si les revendications ne marchent pas, au moins l’intention est posée », a-t-il poursuivi.
Des responsables de l’ONU, de la Cedeao et de l’Union africaine avaient ensuite rencontré séparément les protagonistes. Le président avait plus tard tenté l’apaisement en annonçant des consultations pour un gouvernement d’union nationale. Mais la figure dominante de la contestation, l’imam Dicko, a déclaré ces gages insuffisants et a appelé à manifester à nouveau en masse vendredi sur la place de l’indépendance à Bamako.
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