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Economie

Cameroun : Fitch abaisse la note souveraine à « B- » sur fond de risques politiques et financiers

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Immeuble Fitch

En dégradant la note souveraine, l’ agence de notation Fitch a sanctionne les incertitudes entourant la succession du président Paul Biya et la montée des tensions sur le financement de l’État. Malgré une dette publique relativement contenue et une croissance solide, le profil de crédit du pays se fragilise.

L’agence de notation Fitch Ratings a abaissé, le 16 octobre 2026, la note souveraine à long terme du Cameroun de « B » à « B- », assortie d’une perspective stable. Cette décision est liée aux incertitudes politiques et aux difficultés croissantes de financement de l’État.
La dégradation intervient dans un contexte où les fondamentaux macroéconomiques du pays demeurent relativement solides. Mais, pour Fitch, ces atouts ne suffisent plus à compenser les risques liés à la gouvernance et à la mobilisation des ressources financières.

Une succession présidentielle devenue un risque économique

La question de la succession du président Paul Biya constitue le premier facteur de dégradation de la note camerounaise.

Âgé de 93 ans et réélu pour un huitième mandat en octobre 2025, le chef de l’État n’a toujours pas désigné de successeur clairement identifié. Le poste de vice-président, créé par la réforme constitutionnelle d’avril 2026, demeure vacant, selon Fitch.

L’ agence considère que cette situation accroît le risque d’une transition politique désordonnée, susceptible de perturber la continuité des politiques publiques et de fragiliser la confiance des investisseurs.

Ces incertitudes s’ajoutent à des faiblesses institutionnelles persistantes. Le Cameroun affiche des indicateurs de gouvernance inférieurs à ceux des pays de notation comparable et reste classé parmi les États fragiles ou affectés par des conflits par le Fonds monétaire international et la Banque mondiale.

Des besoins de financement en forte augmentation

Au-delà du risque politique, Fitch s’inquiète des conditions de financement de l’économie camerounaise.

Les besoins bruts de financement de l’État devraient atteindre 7,3 % du PIB en 2026, contre 5 % en 2025, avant de revenir à 6,5 % en 2027.Cette progression intervient alors que le marché régional des titres publics de la Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale (CEMAC) devient moins favorable aux emprunteurs souverains.

L’ exposition des banques de la zone aux États est passée de 10 % de leurs actifs en 2015 à environ 30 % en 2025. Cette concentration réduit leur capacité à absorber de nouvelles émissions obligataires, tandis que la demande lors des adjudications s’affaiblit.

Face à ces contraintes, le Cameroun recourt davantage aux emprunts commerciaux extérieurs. Une orientation qui pourrait accentuer sa vulnérabilité aux conditions financières internationales. Enfin, l’absence d’un nouveau programme avec le FMI en 2026 constitue une difficulté supplémentaire.

Une dette maîtrisée, mais des fragilités budgétaires persistantes

La dégradation de la note ne résulte pourtant pas d’une explosion de l’endettement public.
Fitch prévoit une diminution progressive du ratio de dette publique, de 42,5 % du PIB fin 2025 à 39,1 % en 2028. Ce niveau resterait sensiblement inférieur à la médiane de 56 % observée parmi les pays notés dans la catégorie « B ».
Le déficit budgétaire devrait également demeurer modéré, à 2,2 % du PIB en 2026, contre 2,1 % en 2025, avant de se stabiliser autour de 1,8 % à l’horizon 2028.
Toutefois, la gestion des finances publiques reste un point de faiblesse. Fitch relève notamment la persistance d’obligations impayées et d’arriérés, malgré plusieurs opérations de financement destinées à les apurer.

Une croissance qui ne suffit plus à rassurer

Sur le plan économique, les perspectives demeurent favorables. Fitch anticipe une croissance du PIB réel de 3,7 % en 2026 et 2027, puis de 4,1 % en 2028, portée notamment par les investissements dans l’électricité et les activités minières.
L’inflation devrait rester contenue autour de 3 % en 2026, tandis que le déficit courant atteindrait 5 % du PIB, sous l’effet notamment du recul des cours du cacao.
Ces performances illustrent le contraste entre la résilience de l’activité et la dégradation du profil de risque souverain.
Pour le Cameroun, l’enjeu dépasse désormais la seule maîtrise des équilibres budgétaires. La capacité des autorités à sécuriser la transition politique, restaurer la confiance des investisseurs et diversifier les sources de financement apparaît déterminante pour stabiliser durablement la signature souveraine du pays.

Lynn-karelle
Expert Etude Sectorielle
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