Le nouveau Plan national de développement (PND) 2026-2030 fait du numérique un levier stratégique de compétitivité, de souveraineté et d’attractivité économique. Intelligence artificielle, infrastructures critiques, cybersécurité et données deviennent désormais des priorités d’État.
Longtemps concentrée sur le déploiement des télécommunications et l’amélioration de la connectivité, l’ambition affichée dans le Plan national de développement (PND) 2026-2030 est désormais plus large : construire une économie numérique souveraine capable de soutenir la transformation structurelle du pays.
Le signal le plus marquant du document est sans doute l’entrée officielle de l’intelligence artificielle dans la doctrine économique ivoirienne. Le gouvernement affiche clairement sa volonté de faire du pays « un leader régional dans l’adoption et l’intégration de l’IA ». Le texte prévoit notamment la création d’une Agence nationale de l’intelligence artificielle ainsi qu’un hub IA articulé autour de quatre pôles : recherche, formation, incubation et économie.
Au-delà de l’effet d’annonce, cette orientation traduit un changement de posture. L’État ivoirien ne considère plus le numérique comme un simple secteur d’activité mais comme une infrastructure stratégique au même titre que l’énergie ou les transports.
Le numérique représente déjà 5% du PIB national en 2024, selon le document. Un poids économique qui justifie l’accélération des investissements dans les infrastructures digitales.
Le pays poursuit ainsi le déploiement de son backbone national avec 5 207 km de fibre optique déjà installés sur les 7 000 km prévus. Deux points d’atterrissement de câbles sous-marins ont également été achevés afin de renforcer la connectivité internationale.
Le PND prévoit par ailleurs le développement de technologies considérées comme critiques : data centers, plateformes numériques, infrastructures de cloud, systèmes d’information interopérables et services publics digitalisés.
Cette montée en puissance du numérique s’accompagne d’un renforcement du dispositif de cybersécurité. Le gouvernement insiste sur la protection des données personnelles, la sécurisation des infrastructures critiques et la lutte contre la cybercriminalité.
Plusieurs réformes réglementaires ont déjà été engagées ces dernières années, notamment autour de l’interopérabilité des systèmes d’information de l’État, de la gouvernance des données et de la sécurité numérique. La Côte d’Ivoire a également ratifié la Convention de Malabo sur la cybersécurité et la protection des données à caractère personnel.
En parallèle, l’administration ivoirienne accélère sa transformation digitale. À ce jour, 105 procédures administratives ont déjà été dématérialisées sur les 200 prévues. Une évolution qui ouvre des perspectives importantes pour les acteurs de la govtech, des logiciels métiers et des services numériques aux administrations.
Derrière cette stratégie se dessine une ambition plus large : réduire la dépendance technologique du pays tout en renforçant sa compétitivité régionale. Dans un contexte de rivalité croissante entre hubs numériques africains, Abidjan cherche désormais à se positionner comme une plateforme technologique majeure en Afrique de l’Ouest francophone.
Pour les entreprises privées, le PND ouvre potentiellement plusieurs marchés à forte croissance : cybersécurité, cloud, IA appliquée, infrastructures numériques, data centers, services publics digitaux ou encore formation technologique.
La principale inconnue reste désormais celle de l’exécution. Car la réussite de cette stratégie supposera des investissements massifs, des compétences qualifiées et une capacité de coordination entre État, opérateurs privés et partenaires technologiques internationaux.