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Or : le Burkina Faso accélère sa stratégie de reprise en main de la filière aurifère

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Avec une capacité annuelle de 164 tonnes pour une production nationale de 94 tonnes en 2025, la première raffinerie d’or du Burkina Faso dépasse largement les besoins actuels du pays. Derrière cet investissement de 11 milliards de FCFA se dessine une stratégie plus vaste : formaliser les flux, augmenter les recettes publiques, constituer des réserves d’or et renforcer le contrôle de l’État sur une filière qui représente désormais plus de 80 % des exportations.

Le Burkina Faso franchit une nouvelle étape dans la structuration de sa filière aurifère. Le pays a inauguré à Ouagadougou sa première raffinerie d’or, baptisée RAFFINOR-BF, avec l’ambition de transformer localement une plus grande part de sa production et de conserver davantage de valeur ajoutée sur son territoire.

L’installation a nécessité un investissement de 11 milliards de FCFA et a été financée par l’État, à travers la Société nationale des substances précieuses, la SONASP, ainsi que par des partenaires privés.

Sa capacité constitue toutefois le principal enseignement économique du projet. RAFFINOR-BF pourra traiter jusqu’à 164 tonnes d’or par an, alors que la production nationale s’est élevée à 94 tonnes en 2025.

La capacité de la nouvelle usine représente ainsi environ 174 % de la production annuelle actuelle du Burkina Faso. Théoriquement, près de 70 tonnes de capacité resteraient disponibles si la totalité de l’or produit dans le pays était raffinée localement.

Cette différence suggère que le projet ne répond pas uniquement aux besoins actuels du marché burkinabè. Il pourrait accompagner une progression future de la production, une meilleure intégration de l’or issu des exploitations artisanales et semi-mécanisées, voire, à terme, le traitement de volumes provenant d’autres pays producteurs de la région.

De l’or doré au lingot à 99,9 %

La raffinerie permettra de transformer l’or doré, produit à la sortie des mines, en lingots d’or fin d’une pureté de 99,9 %.

Le site comprend notamment une fonderie, un laboratoire d’analyse, des capacités sécurisées de stockage et une unité de bijouterie.

La transformation locale ne modifie pas fondamentalement la valeur intrinsèque du métal, largement déterminée par son poids, sa pureté et les cours mondiaux. Elle permet en revanche au Burkina Faso de renforcer le contrôle de plusieurs étapes stratégiques de la chaîne de valeur : analyse de la teneur en or, certification, traçabilité, stockage et commercialisation.

Dans un pays où l’or constitue le premier produit d’exportation, ces fonctions sont loin d’être secondaires.

L’or, pilier de l’économie burkinabè

Le poids du secteur aurifère s’est fortement accru depuis le développement des premières grandes mines industrielles à partir de la fin des années 2000.

En 2025, le Burkina Faso comptait 15 mines industrielles en production, auxquelles s’ajoutent plusieurs exploitations semi-mécanisées. La production nationale a atteint 94 tonnes d’or.

Le métal jaune représente désormais plus de 80 % des exportations du pays selon le Fonds monétaire international.

Cette dépendance rend la maîtrise des flux aurifères particulièrement stratégique pour les recettes publiques, les réserves de change et la balance commerciale.

Les recettes tirées du secteur minier ont d’ailleurs fortement progressé. Selon le FMI, elles avaient déjà atteint 573 milliards de FCFA sur les neuf premiers mois de 2025, contre 475 milliards de FCFA sur l’ensemble de l’année 2024.

Le défi sera désormais d’alimenter la raffinerie

L’inauguration de RAFFINOR-BF ne constitue cependant que la première étape.

La rentabilité économique du projet dépendra du volume d’or effectivement dirigé vers l’usine. La capacité installée de 164 tonnes ne garantit pas que ce niveau de production sera rapidement atteint.

Plusieurs variables seront donc déterminantes : les volumes fournis par les compagnies minières industrielles, la formalisation de la production artisanale, la capacité de l’État à canaliser les flux vers les circuits officiels et, éventuellement, l’attractivité de la raffinerie auprès d’opérateurs étrangers.

Le taux d’utilisation de RAFFINOR-BF deviendra ainsi l’un des indicateurs clés à suivre.

Au-delà de l’inauguration, le véritable enjeu pour le Burkina Faso sera de transformer une capacité industrielle importante en un outil durable de création de valeur, de sécurisation des recettes et de maîtrise de sa première richesse d’exportation.

Lynn-karelle
Expert Etude Sectorielle
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