Publié
il y'a 20 heuresle
Par
Marc Yoboué
Les établissements de crédit de l’UMOA ont renforcé leur position financière en 2025, grâce à une forte progression des dépôts et à une moindre dépendance aux ressources de la BCEAO. Une situation plutôt favorable au financement de l’économie, même si la hausse des crédits restructurés montre que les banques restent confrontées aux difficultés de remboursement d’une partie de leur clientèle.
Le secteur bancaire de l’UMOA a terminé 2025 dans une situation financière plus confortable. Les ressources des établissements de crédit ont progressé de 16,5 %, à 67 459,9 milliards de FCFA, tandis que leur déficit de trésorerie a été réduit de plus de moitié en un an.
Cette amélioration repose d’abord sur une forte progression de l’argent confié aux banques par leur clientèle. Les dépôts et emprunts ont augmenté de 16 %, pour atteindre 56 200,2 milliards de FCFA. Les dépôts à vue, ceux qui peuvent être mobilisés immédiatement par les clients, ont même bondi de 21,8 %.
Les capitaux propres et ressources assimilées des établissements ont parallèlement progressé de 11,9 %, à 7 765,8 milliards de FCFA.
Pour les entreprises, cette évolution est importante : les établissements disposent globalement de davantage de ressources pour financer leur activité et accorder des crédits. Elle ne signifie toutefois pas automatiquement que les conditions d’accès au financement deviennent plus faciles, les banques continuant d’arbitrer en fonction du niveau de risque présenté par chaque emprunteur.
Autre évolution favorable : les établissements de crédit ont moins sollicité la Banque centrale pour couvrir leurs besoins de liquidité.
L’encours de refinancement auprès de la BCEAO a diminué de 11,4 %, à 8 368,6 milliards de FCFA. Il représentait 14,9 % des dépôts à fin 2025, contre 19,5 % un an auparavant. Rapporté à la taille du secteur bancaire, son poids est également passé de 13,1 % à 10,2 %.
Dans le même temps, le déficit structurel de trésorerie du secteur a chuté de 52,5 %, à 2 656,1 milliards de FCFA.
En clair, les banques dépendent davantage des ressources qu’elles collectent auprès de leur clientèle et moins du soutien de la Banque centrale. Un changement qui renforce leur autonomie financière.
Les indicateurs de solidité financière restent également favorables. Le ratio de solvabilité du secteur ressort à 14,9 %, au-dessus du minimum réglementaire de 11,5 %. Cet indicateur mesure, schématiquement, la capacité des établissements à disposer de suffisamment de fonds propres pour absorber d’éventuelles pertes.
La rentabilité demeure également au rendez-vous. Le produit net bancaire, qui correspond à la richesse générée par l’activité bancaire, a progressé de 8 %, à 3 860,2 milliards de FCFA.
Sur l’ensemble des établissements déclarants, 127, soit près de huit sur dix, ont dégagé un bénéfice en 2025. Ils représentent à eux seuls 94 % des actifs du secteur, ce qui montre que les principaux acteurs du marché restent globalement rentables.
La situation est cependant plus contrastée lorsqu’on examine la capacité de remboursement des emprunteurs.
Les créances en souffrance brutes ont augmenté de 3,2 %, à 3 721,2 milliards de FCFA. La progression reste modérée et les créances considérées comme douteuses ou litigieuses ont même diminué de 0,8 %.
Mais un chiffre mérite davantage d’attention : les créances restructurées ont bondi de 34,6 % en un an.
Ces restructurations correspondent à des crédits dont les modalités initiales ont dû être réaménagées, par exemple en modifiant les échéances ou les conditions de remboursement. Leur progression suggère qu’une partie des entreprises et des autres emprunteurs rencontre davantage de difficultés à respecter les conditions initialement prévues.
Après prise en compte des provisions constituées par les établissements pour couvrir les risques de pertes, les créances en souffrance nettes atteignent 1 530,6 milliards de FCFA, en hausse de 2,7 %.
Le secteur bancaire de l’UMOA aborde ainsi 2026 avec des fondamentaux globalement renforcés : des dépôts en forte hausse, une trésorerie nettement améliorée, une moindre dépendance à la BCEAO et des établissements majoritairement bénéficiaires.
Pour les entreprises, le contexte apparaît donc plutôt favorable du côté de la capacité financière des banques. Mais l’augmentation des crédits restructurés constitue un signal à surveiller. Elle pourrait inciter les établissements à maintenir une sélection rigoureuse des dossiers, particulièrement dans les secteurs ou auprès des entreprises présentant les profils de risque les plus élevés.
La situation bancaire s’améliore donc, sans nécessairement annoncer un assouplissement généralisé de l’accès au crédit.
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