Hausse des prix de l’énergie, tensions sur les devises, renchérissement des intrants agricoles : la crise au Moyen-Orient pourrait rapidement se traduire par une dégradation du coût de la vie en Afrique, avec des effets directs sur les marges des entreprises ivoiriennes.
Le conflit au Moyen-Orient commence à produire ses premiers effets tangibles sur les économies africaines. Selon un policy brief conjoint de la Banque africaine de développement, de l’Union africaine et des Nations unies, une hausse de 50 % des prix du pétrole a déjà été enregistrée fin mars, ravivant les tensions inflationnistes sur le continent .
Pour les entreprises ivoiriennes, le premier canal de transmission est immédiat : le coût de l’énergie et du transport. La hausse des prix du carburant alimente mécaniquement les coûts logistiques, dans un contexte où les chaînes d’approvisionnement restent fortement dépendantes des importations.
Des monnaies sous pression, des importations plus coûteuses
Deuxième effet, plus insidieux : la pression sur les monnaies africaines. Déjà, 29 devises du continent se sont dépréciées, renchérissant le coût des importations et du service de la dette extérieure . Les pays les plus exposés à ce choc monétaire sont notamment le Sénégal, le Soudan, Cabo Verde, la Gambie et le Soudan du Sud, caractérisés par une forte dépendance aux importations, un niveau d’endettement élevé et des réserves de change limitées. Pour une économie comme la Côte d’Ivoire, intégrée aux marchés internationaux, cela se traduit par un risque accru de hausse des prix des biens intermédiaires et d’équipement.
Le risque d’une inflation alimentaire durable
Mais c’est sans doute sur le front alimentaire que les effets pourraient être les plus sensibles. Les perturbations sur les engrais, liées aux tensions sur le gaz au Moyen-Orient, menacent les rendements agricoles et pourraient accentuer la hausse des prix des denrées de base . Un facteur clé dans un pays où la stabilité sociale reste étroitement liée à l’évolution des prix alimentaires.
Un risque de ralentissement économique en Afrique
Au total, le choc pourrait amputer la croissance africaine de 0,2 point en 2026 si le conflit se prolonge . Un impact modéré en apparence, mais qui masque des effets différenciés selon les secteurs.
Entre pression sur les coûts et maintien de la demande
Pour les dirigeants, l’enjeu est double : absorber une hausse des coûts tout en préservant la demande, dans un environnement où le pouvoir d’achat des ménages pourrait se contracter. Les entreprises les plus exposées — transport, BTP, agro-industrie — sont en première ligne.