Publié
il y'a 3 semainesle
Par
Marc Yoboué
L’activité économique reste solide dans l’UEMOA, avec une croissance attendue de 6 % au deuxième trimestre 2026. Mais la dernière note de conjoncture de la BCEAO révèle un environnement plus contrasté : industrie en retrait à court terme, coût de l’argent en légère hausse, inflation appelée à accélérer et forte volatilité des matières premières.
L’économie de l’UEMOA conserve une dynamique robuste. Après une croissance de 6,1 % au premier trimestre 2026, le PIB réel de l’Union devrait encore progresser de 6 % au deuxième trimestre, porté notamment par le commerce, les services et une bonne campagne agricole.
Pour les entreprises, cependant, le chiffre de croissance ne suffit pas à résumer la conjoncture. Les derniers indicateurs publiés par la BCEAO font apparaître plusieurs évolutions susceptibles d’influencer les décisions d’investissement, de financement et de gestion des coûts au cours des prochains mois.
En mai, le chiffre d’affaires du commerce a progressé de 3,8 % par rapport au mois précédent, après une contraction de 5,2 % en avril. Le redressement provient principalement du commerce de détail.
Le BTP reste également l’un des moteurs de l’activité régionale. Les enquêtes auprès des chefs d’entreprise montrent une activité supérieure à sa moyenne de long terme dans plusieurs pays, notamment au Bénin, au Sénégal, au Burkina Faso, en Côte d’Ivoire et en Guinée-Bissau.
Les services financiers poursuivent eux aussi leur progression, avec une hausse de 1,7 % en mai après +1 % en avril.
Le signal est moins favorable du côté de la production industrielle. Celle-ci a reculé de 2,3 % en mai par rapport au mois précédent, après déjà -4,7 % en avril.
Cette baisse mensuelle doit néanmoins être relativisée : sur un an, la production industrielle reste en hausse de 8,6 %, portée notamment par les activités extractives et manufacturières.
Le contraste illustre une conjoncture qui reste favorable sur le fond, mais dont la progression devient moins homogène selon les secteurs.
La BCEAO a maintenu son principal taux directeur à 3 % en juin. Pour autant, les conditions sur le marché monétaire se sont légèrement tendues.
Le taux moyen interbancaire à une semaine est passé de 3,48 % en mai à 3,68 % en juin. Toutes maturités confondues, le taux moyen des échanges interbancaires atteint désormais 3,99 %.
Du côté des entreprises et des ménages, le taux débiteur moyen appliqué par les banques est resté stable à 6,67 % en mai à l’échelle de l’Union.
Cette moyenne masque toutefois des évolutions divergentes selon les pays : le coût du crédit a notamment augmenté au Bénin, en Côte d’Ivoire, en Guinée-Bissau, au Niger et au Togo, tandis qu’il diminuait au Burkina Faso, au Mali et au Sénégal.
L’inflation demeure particulièrement contenue dans l’UEMOA. Elle s’est établie à 0,8 % en juin 2026, contre 0,4 % le mois précédent.
La BCEAO anticipe néanmoins une accélération graduelle : 1,1 % en juillet puis 1,3 % en août.
Cette évolution pourrait notamment être alimentée par les tensions géopolitiques au Moyen-Orient, avec leurs répercussions potentielles sur les prix du pétrole et les coûts du fret.
Pour les entreprises, le risque inflationniste ne disparaît donc pas : il se déplace davantage vers les coûts importés, l’énergie et la logistique.
L’environnement extérieur reste également marqué par de fortes variations de prix. En juin, l’indice des principales matières premières exportées par les pays de l’UEMOA a reculé de 4,8 % en un mois.
Le pétrole a chuté de 18 %, l’or de 7,7 % et le coton de 6,5 %. À l’inverse, l’huile de palme a progressé de 9,4 %, le cacao de 5,6 % et le caoutchouc de 5,1 %.
Les évolutions sur un an sont encore plus marquées : le cacao reste en baisse de 47,7 % par rapport à juin 2025, tandis que le caoutchouc progresse de 39,9 %, le zinc de 33,3 % et l’or de 26,3 %.
Pour les économies et les entreprises fortement exposées aux matières premières, ces écarts peuvent modifier rapidement les revenus d’exportation, les coûts d’approvisionnement et les marges.
Le scénario central reste donc celui d’une économie régionale solide, avec une croissance proche de 6 %, une inflation faible et une activité soutenue dans plusieurs secteurs.
Mais derrière ces agrégats, les écarts se creusent entre secteurs, pays et catégories d’entreprises.
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