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il y'a 1 heurele
Par
Marc Yoboué
Après plusieurs années d’expansion, le maillage physique des services financiers s’est légèrement contracté dans l’UEMOA en 2024. Selon la BCEAO, ce recul s’explique notamment par la fermeture de points de services peu actifs, signe d’une rationalisation des réseaux de distribution.
L’inclusion financière progresse encore dans l’UEMOA, mais le réseau physique de distribution marque le pas. Selon le rapport 2024 de la BCEAO sur la situation de l’inclusion financière dans l’Union, les deux principaux indicateurs d’accès aux services financiers ont reculé au cours de l’année.
Le taux global de pénétration démographique des services financiers, qui mesure le nombre de points de services disponibles pour 10 000 adultes, est passé de 204 en 2023 à 193 en 2024. Le taux de pénétration géographique, qui mesure le nombre de points de services pour 1 000 km², a lui aussi diminué, de 480 à 470 sur la même période.
Cette baisse peut sembler paradoxale dans une région où le taux global d’utilisation des services financiers continue de progresser. Elle traduit toutefois une évolution plus structurelle du marché : après une phase d’extension rapide, les réseaux entrent dans une période d’assainissement.
La BCEAO attribue cette contraction à la fermeture de nombreux points de services de proximité caractérisés par un faible niveau d’activité. Le phénomène concerne notamment les points dédiés à la distribution des services de microfinance et ceux liés aux établissements de monnaie électronique.
Les données du rapport indiquent une réduction de 54,5% du nombre de points de services de microfinance. La baisse est également liée à la fermeture de points jugés inactifs par les établissements de monnaie électronique, notamment dans le secteur de la distribution.
Cette évolution ne signifie donc pas nécessairement une dégradation brutale de l’accès aux services financiers. Elle peut aussi refléter un travail de nettoyage des réseaux, après plusieurs années de multiplication des points de présence.
Pendant longtemps, le développement de l’inclusion financière dans l’UEMOA a reposé sur une logique de couverture : ouvrir davantage de points de services, rapprocher les services financiers des populations, étendre les réseaux d’agents, multiplier les canaux de paiement et de retrait.
Cette stratégie a permis d’améliorer l’accès dans plusieurs pays. Mais elle a aussi produit des réseaux parfois hétérogènes, avec des points de services peu actifs, mal localisés ou insuffisamment rentables.
L’année 2024 semble marquer une inflexion. L’enjeu n’est plus seulement d’augmenter le nombre de points de services, mais de s’assurer que ces points sont réellement utilisés, bien répartis et capables d’offrir un service fiable.
La contraction régionale masque toutefois des situations nationales très différentes. En matière de couverture géographique, le Bénin reste très largement en tête avec 2 867 points de services pour 1 000 km². Il devance la Côte d’Ivoire, le Sénégal et le Togo, qui affichent également les plus fortes couvertures géographiques de l’Union.
Les données historiques montrent aussi des trajectoires contrastées. Entre 2023 et 2024, le Bénin enregistre une forte baisse de son taux de pénétration démographique, passé de 608 à 417 points de services pour 10 000 adultes. À l’inverse, le Niger progresse de 69 à 109, le Burkina Faso de 94 à 105, et le Togo de 104 à 116. La Côte d’Ivoire reste presque stable, à 224, contre 225 un an plus tôt.
Ces écarts confirment que l’UEMOA ne suit pas une trajectoire uniforme. Certains marchés rationalisent fortement leurs réseaux, tandis que d’autres poursuivent encore leur phase d’extension.
Pour les opérateurs, cette rationalisation peut améliorer la qualité et la rentabilité des réseaux. Un point de service inactif représente un coût de gestion, un risque opérationnel et parfois un facteur de défiance pour les usagers lorsqu’il ne permet pas d’effectuer les opérations attendues.
Mais pour les populations, en particulier dans les zones rurales ou périphériques, la fermeture de points de services peut aussi réduire la proximité. L’équilibre est donc délicat : assainir les réseaux sans affaiblir l’accès réel.
Ce sujet devient stratégique pour les Etats, les banques, les institutions de microfinance et les émetteurs de monnaie électronique. L’inclusion financière ne se mesurera plus seulement au nombre de points disponibles, mais à leur activité effective, leur qualité de service et leur capacité à répondre aux besoins des usagers.
Le recul des points de services en 2024 ne remet pas en cause la progression de l’inclusion financière dans l’UEMOA. Mais il montre que le secteur entre dans une phase plus mature.
Après l’expansion rapide, vient le temps de la consolidation. Les réseaux devront être mieux localisés, mieux contrôlés et plus performants. Pour la BCEAO comme pour les acteurs financiers, le défi sera de maintenir la proximité avec les populations tout en renforçant la fiabilité et l’efficacité du maillage.
Dans l’UEMOA, l’inclusion financière ne dépend donc plus seulement de la densité du réseau. Elle dépend désormais de sa qualité.
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