Publié
il y'a 1 anle
Par
Marc Yoboué
Grâce à la vitalité de ses services, à la montée en puissance de son industrie et à une gestion budgétaire rigoureuse, le Bénin a enregistré en 2024 une croissance de 7,5 %, son plus haut niveau depuis 1990. Mais derrière cette performance historique, plusieurs risques macroéconomiques et géopolitiques persistent.
En 2024, le Bénin a atteint une croissance de 7,5 % du PIB, dopée par l’expansion du secteur des services (+7,5 %) qui a contribué à 3,6 points de croissance à lui seul. Le redémarrage du secteur secondaire (+9,7 %) a été soutenu par les investissements industriels autour de la Zone économique spéciale de Glo-Djigbé (GDIZ) et les chantiers du Programme d’Actions du Gouvernement (PAG-2). L’agriculture, grâce au coton et aux cultures d’exportation, renoue avec un rôle moteur.
Sur le plan de la demande, la croissance est tirée par une combinaison robuste de consommation privée, exportations nettes et investissements privés, ces derniers ayant pris le relais d’une baisse des dépenses d’investissement public.
La politique monétaire est restée prudente, ce qui a permis de contenir l’inflation à 1,2 % contre 2,7 % l’année précédente. Ce recul est principalement dû à la forte décrue des prix de l’énergie et des transports. Malgré la hausse des prix alimentaires (0,8 %), liée aux perturbations régionales, le climat inflationniste reste maîtrisé, ce qui améliore la visibilité pour les entreprises.
Le crédit à l’économie a toutefois ralenti (croissance de 4,6 % contre 13,9 % en 2023), reflétant le resserrement des conditions de financement dans l’UEMOA. Les taux directeurs de la BCEAO étant restés inchangés, les coûts d’emprunt demeurent élevés.
Le déficit budgétaire est revenu à 3 % du PIB, objectif fixé par l’UEMOA, avec un an d’avance. Cette performance repose sur la hausse des recettes fiscales (TVA, impôts sur le revenu), la lutte contre la fraude et une meilleure maîtrise des dépenses.
La dette publique a reculé à 53,4 % du PIB, grâce à un excédent primaire plus favorable. Cela a permis une amélioration de la notation souveraine du Bénin, renforçant son accès aux marchés financiers internationaux. La part élevée de la dette extérieure (72,6 % du total), cependant, accroît la vulnérabilité face aux chocs externes (hausse des taux, change, perception du risque pays).
Le déficit du compte courant a été réduit à 7 % du PIB en 2024, contre 8,2 % en 2023, porté par la reprise des exportations de coton, la montée en gamme de l’agro-industrie et la baisse des importations liées à la réduction des investissements publics. Les réserves de change régionales ont atteint 4,7 mois d’importations, renforcées par les émissions d’euro-obligations et les décaissements de la Banque mondiale et du FMI.
Le développement de la GDIZ positionne le Bénin comme un futur hub d’exportation à valeur ajoutée. Mais l’environnement externe devient incertain : problèmes sécuritaires, instabilité politique régionale, fermetures de frontières (Niger), protectionnisme commercial croissant.
À court terme, le pays pourrait être exposé à un ralentissement des investissements, en particulier dans les phases 2 et 3 de la zone industrielle. La baisse de l’aide extérieure accentue aussi la pression sur la mobilisation des recettes internes et sur l’efficacité de la dépense publique.
Si la croissance économique du Bénin affiche des performances remarquables sur 2024, elle reste exposée à des fragilités structurelles : ralentissement de la productivité, forte dépendance aux exportations primaires, vulnérabilité extérieure. Pour maintenir cette trajectoire, les réformes devront désormais cibler la productivité du capital, la montée en gamme industrielle et la création d’emplois qualifiés.
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